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Ces propos n’engagent que moi, le grand paradoxe Twitter

Par Antoine Dupin / / 22 juillet 2013

Il m’arrive souvent de lire dans les biographies des utilisateurs Twitter cette phrase tellement protectrice : « ces propos n’engagent que moi ». Ces quelques mots anodins sont paradoxalement très souvent accompagnés soit du nom d’une entreprise, soit d’un lien vers le site corporatif. Curieux comportement qui sous-entend « professionnellement, je travaille pour ça, mais là hein ho c’est personnel ». 

Cette pratique est pourtant très développée, notamment chez les journalistes, comme en témoigne le site FollowerWonk qui permet de scanner les biographies Twitter. Uniquement sur la recherche « n’engagent que moi », le site affiche près de 5000 résultats. Imaginez toutes les subtilités de lange, synonymes et autres, et vous avez un chiffre beaucoup plus important. 

Un paradoxe intéressant se crée inexorablement. D’un côté, il y a la volonté de se présenter professionnellement, d’avoir une certaine crédibilité dans la veille partagée (je suis professionnel dans ce domaine, je représente une grosse entreprise), et de l’autre la volonté de dissocier ses propos pour ne pas porter préjudice à son employeur. Oui, mais est-ce suffisant ?  

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Il faut bien comprendre que malgré cette délicate mention, les employés d’une entreprise sont le reflet de cette dernière, ils en sont une incarnation, un prolongement. Leurs propos, tout comme leurs actes, même s’ils semblent dissociés, peuvent porter un grave préjudice car cette dissociation n’apparait pas clairement dans l’inconscient collectif. 

« Ces propos n’engagent que moi » est en ce sens un garde fou onirique : si j’indique travailler pour telle ou telle entreprise, alors je prends le risque que mon comportement rejaillisse sur cette dernière. Il faut faire attention, ne pas se complaire en se disant « c’est bon, j’ai pris toutes les précautions », car ces dernières sont souvent de la poudre aux yeux. En cas de comportement incorrect, les internautes ne se priveront pas de faire des liens, même ceux-ci n’ont aucune raison d’exister. Pire, cela peut être un moyen de faire pression. 

Récemment, un rédacteur d’un journal en ligne a mis en vente un livre numérique, dont il n’était pas l’auteur et qui était à l’origine distribué gratuitement, provoquant l’ire de certains professionnels. Ces derniers n’ont pas hésité à corréler le comportement de cet employé à son employeur, quand bien même cela n’avait rien à voir, que l’histoire avait été réglée et qu’il semblait agir à titre personnel (voir l’url de scribd). Il y a toujours, quelque part, des connections qui se font. 

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Les exemples ne manquent pas (notamment en politique). Il faut comprendre que la frontière sur les médias sociaux entre vie professionnelle et vie personnelle est une ligne chimérique, qui n’a d’existence réelle que lorsque les deux aspects de la vie sont réellement dissociés. Soit vous vous exprimez pleinement, mais sans indiquer le nom de votre employeur et/ou en utilisant le pseudonymat, soit vous vous présentez comme travaillant pour telle ou telle société, mais dans ce cas de figure, vous réalisez une veille en faisant attention à vos propos, à votre engagement. De la retenue. 

« Ces propos n’engagent que moi » n’a finalement rien à faire sur les plateformes sociales, c’est un paradoxe qui n’a de sens. 

Qu’en pensez-vous ? 

Antoine Dupin

À propos de l'auteur

Antoine Dupin - Diplômé d’une maîtrise en communication et d’une maîtrise de deuxième cycle en journalisme, il a travaillé en France et au Canada pour plusieurs entreprises. Spécialiste des médias sociaux, il est auteur de deux ouvrages et co-auteur de nombreux e-books sur cette thématique. Passionné par les nouvelles technologies, il apporte à vos projets un œil avisé sur les nouvelles tendances en communication numérique.